GERRY ALANGUILAN INTERVIEW 2/3 Avril 2008
Je serais toujours reconnaissant à Gerry Alanguilan de m'avoir laisser autant de liberté et de temps pour pouvoir partager sa passion et son art.
Sébastien Lecocq (SL) : 11 - Vous avez aussi un blog où vous parlez de votre vie d'artiste. Est-ce que vous pensez que ce soit une obligation de parler de votre propre expérience ?
Gerry Alanguilan (GA) : Je ne fais rien pas obligation car cela voudrait dire que je fais certains choses parce que je Dois les faire. Et je préféré faire les choses que je veux. J'ai un blog parce que j'aime écrire et partager mes expériences. Ce n'est pas grave si il n'y que quelques personnes qui le lisent. Je le fais juste parce que je veux le faire, et si quelqu'un en retire quelque chose d'utile, c'est fantastique.
SL : 12 - Est-ce que vous allez aussi sur les sites de fans ou des forums pour connaître ce que vos lecteurs pensent de votre travail ?
GA : Effectivement, je le fais aussi. Ce retour est très important pour moi et affecte beaucoup mon travail. Lorsque je vois beaucoup de critiques négatives sur un aspect particulier de mon travail, j'essaie d'analyser ce que j'ai mal fait et donc de me corriger. Enfin, parfois, je poste ma réponse sur certains forums où je pense ma contribution utile ou simplement donner mon opinion sur un sujet particulier.
SL : 13 - Vous faites aussi certaines conventions ou conférences pour l'interaction avec votre public, non ? Une anedocte a nous faire partager ?
GA : Ma principale frustration vient du fait que peu de personnes ont l'occasion de m'entendre parler. Cette frustration ne vient pas de mon ego mais plutôt du fait que j'ai le sentiment qu'il n'y ait personne qui soit là pour m'entendre les informer sur des sujets que je trouve essentiels.
C'est arrivé une fois en particulier lors d'une conférence. Je devais parler très tôt le matin et il n'y avait personne. Et donc, il n'y a eut que quelques personnes pour m'écouter parler de l'Histoire de la BD aux Philippines et l'impression négative qu'elle a sur notre pays depuis de nombreuses années...
Mais c'est vrai que parfois il m'arrive des choses plus amusante. Comme la fois où je partageais une table avec d'autres artistes. Un ami a moi se tenait devant moi à la table. Soudainement, un gars vraiment nerveux est arrivé pour serrer la main à mon ami "C'est si bon de vous rencontrer, je suis un de vos plus grand fan...". Flatté mais aussi embarrassé, mon ami l'a remercié en lui demandant pourquoi tant de compliments. Il lui a répondu que cela faisait tellement longtemps qui attendait de rencontrer "Mr Gerry Alanguilan". J'étais tellement embarrassé pour lui que je n'ai rien dit et j'ai préféré laisser mon ami lui annoncer la mauvaise nouvelle...
SL : 14 - Et est-ce que vous avez déjà pensé à faire des comics "en ligne" ?
GA : Oui. J'ai dépensé un temps considérable en 2007 avec les "webcomics". J'ai essayé de faire un Strip journalier pour "Webcomicsnation". J'ai réussi à le faire pendant quelques mois avant de perdre ma motivation. Je n'ai pas gagner quoi que ce soit avec et n'ai pas pas obtenu une exposition assez importante en le faisant. Je ne dirais pas que ça a été un gaspillage complet de mon temps car j'ai appris à ne pas mettre tous mes oeufs dans le même panier...
J'ai aussi décidé de rendre disponible ma bd "Wasted" (1996) sur Webcomicsnation, qui est accessible Ici.
Wasted, qui a été publié en 4 éditions différentes aux Philippines (Minicomics, publié par Alamat, mis en série pour Pulp Magazine et enfin publié en un seul recueil par Pulp Magazine) n'est plus disponible. Alors j'ai décidé de le mettre en ligne pour que tout le monde puisse le lire gratuitement.
Récemment, j'ai aussi mis en ligne le premier numéro de ma série actuelle ELMER en un seul fichier téléchargeable (en CBR) que vous pouvez trouver Ici.
Je ne l'ai pas simplement fait par que ce premier numéro est épuisé mais aussi dans l'espoir de générer un engouement pour ma série dont les numéros 2 et 3 sont encore disponibles alors que le 4 (et dernier numéro) devrait bientôt arriver.
SL : 15 - Et après toutes ses années d'encrage, vous avez décidé d'arrêter. Une décision difficile mais nécessaire, qu'il vous fallait prendre ?
GA : Oh Oui, ça a était une décision très difficile à prendre et pas nécessairement la plus logique. Beaucoup de gens pensaient que j'étais stupide de lâcher un bon travail qui payé très bien. Mais j'ai toujours voulu faire de la BD pour que je puisse créer des histoires et des personnages et illustrer les mondes.
Cela devenait incroyablement étouffant de suivre d'autres artistes. J'ai été un encreur pendant 10 ans et c'est assez long pour savoir que mon travail n'est pas simplement le fait de retracer des crayonnés. Mais même sans cela, je ne pouvais toujours pas exercer ma propre créativité suffisamment pour me satisfaire. Je voulais créer. Je voulais écrire et je voulais Dessiner. Et Si je ne le faisait pas rapidement, je savais que je mourrais créativement et spirituellement. J'aurais de l'argent mais je serais très malheureux.
SL : 16 - Et aviez-vous déjà des préférences dans les histoires que vous vouliez racontez ? Plutôt SH ou tout le contraire ?
GA : Pas de réelle préférence pour moi. Je peux travailler sur n'importe quel type d'histoire, aussi longtemps que je pense que cela fera une bonne histoire. En regardant au travers du travail que j'ai réalisé, je peux dire que pas un seul d'entre eux n'est semblable à l'autre. Tous ont été complètement différents dans le thème, l'atmosphère ou le genre.
En fait, une des choses que j'ai toujours voulu faire (et que j'ai déjà écrit entièrement), est quelque peu de nature pornographique, mais heureusement fait avec goût. Le titre en est «Where Bold Stars Go To Die". Cela fait au 5 ans que je l'a traîne avec moi. J'ai demandé à deux autres artistes de la dessiner pour moi, mais ils n'y ont pas réussi. Alors j'ai décidé récemment de la faire moi-même. J'étais réticent car le dessin des femmes a toujours été l'une de mes faiblesse. Mais je pense que il n'y avait pas de meilleure opportunité pour faire face à cette faiblesse et de m'améliorer par la pratique.
Une autre histoire sur laquelle je suis en train de travailler "The Marvelous Adventures of the Amazing Dr. Rizal", est destinée aux jeunes lecteurs. C'est l'un de nos héros nationaux, à la sauce science-fiction.
À l'heure actuelle, j'ai une histoire en cours dans un magazine local, une histoire que je peux probablement envisager comme mon "coup" chez les super-héros. J'ai toujours eu des difficultés à faire quelque chose comme ça car c'est vraiment très éloignée de mon expérience personnelle. L'histoire est intitulée "TIMAWA", une sorte de héros à la "Daredevil/Le Fantôme", sans super-pouvoirs, mais extrêmement fort, souple et intelligent...
Bref, elles sont toutes assez différents les unes des autres et c'est ce que j'aime. Je ne suis pas limité à une seule type de bandes dessinées.
SL : 17 - Et où trouvez-vous votre inspiration ? De votre propre vie, de l'actualité ou de vos anciennes lectures ?...
GA : Un peu tout ça. Mes idées viennent de n'importe où je peux les obtenir. Je garde un grand livre noir où je l'ai écris lorsqu'elles me viennent. Parfois, l'idée me vient alors que je suis assis à l'église à écouter le sermon du prêtre. Parfois, lorsque je suis en train de voyager en bus. Cela peut me frapper n'importe où. Et avoir des idées et la chose la plus importante alors je les note toutes. Bien entendu, elles ne se révèlent pas toutes bonnes, mais de temps en temps une idée mène à quelque chose de plus grand, et cela devient une BD...
SL : 18 - Vous avez aussi fait de la BD pour adulte. Etait-ce un choix délibéré ou simplement qu'il vous été impossible de raconter votre histoire de manière différente ?
GA : C'est un choix, mais ce n'est pas un choix pré-médité de faire de la BD "pour adultes". L'idée m'est d'abord venue puis l'histoire. C'est ce qui est important. Si c'est une histoire adulte qui doit être racontée de cette façon, alors c'est ce qu'elle va être. Ce n'est pas une décision consciente de faire une histoire "pour adultes" puis d'écrire l'histoire. Non, l'histoire vient en premier et s'il s'avère que l'histoire est pour les adultes, alors c'est comme ça que je la ferais. C'est de cette manière que j'ai toujours abordée mon travail.
Curieusement, beaucoup de mes travaux, du moins les plus personnels comme "Wasted" et "ELMER" ont toujours été pour un public plus âgé. Cela a été même au point qu'un lecteur m'ait écrit en me demandant "Quand allez-vous faire une BD que ma nièce pourra lire ?". Je lui ai répondu que je n'en avais aucune idée. Je ne pouvais pas me décider à faire une histoire "tout public", puis simplement de la faire.
Dans mon esprit cela devient un travail forcé et cela manque de sincérité. Ainsi, lorsque l'idée m'est venue de prendre notre héros national, le Dr Jose Rizal, je me suis rendu compte que cela serait mieux si je l'écrivais non pas comme une histoire pour les adultes mais pour tout le monde. Et c'est ce que j'ai fait. J'ai déjà fait quelques pages, qui étaient censées être publiées dans un magazine local, mais il semblerait que leur budget soit trop mince alors je suis en train de la continuer dans l'espoir de la publier moi-même dans un futur proche.
SL : 19 - Et quelle est votre méthode de travail ? Est-ce que vous faites un long travail de recherche avant de vous lancer ? Préférez-vous travailler de nuit quand tout est calme ou de jour avec de la musique ou la télévision ?
GA : Avant de commencer à écrire ou à dessiner, je fais beaucoup de recherche. J'essaie d'abord de trouver en ligne autant d'informations que je le peux sur le sujet que je vais aborder. J'achete également des livres et des magazines sur le sujet. Pour Elmer par exemple, j'ai fait beaucoup de recherche sur les poulets. J'ai été sur le net, acheté des livres et même consulté un expert sur les volailles pour que je puisse obtenir certaines choses de la meilleure manière possible.
Lorsque j'ai réalisé des adaptations des classiques comme "Le Chat Noir" (édité chez "Graphic Classics Special Edition" (gratuit lors du "Free Comic Book Day")), j'ai fait beaucoup de recherche sur la Nouvelle-Angleterre en 1840. Les vêtements, l'architecture, la police, les coiffures, et ainsi de suite. Je trouve qu'il est très difficile de commencer à dessiner si je sais que mon dessin sera considéré comme inexact ou faux.
Je peux travaillé à tout moment de la journée. Même si je préféré très tôt le matin, entre 6 et 9 heures. Tout est encore calme et la seule chose que vous pouvez entendre (du moins ici, dans mon quartier) ce sont des oiseaux, les gens qui balaient les feuilles, les coqs et quelques aboiements de chiens. Après 9h, je m'occupe de mes e-mails, des tâches ménagères comme la cuisine le petit-déjeuner, arrosais les plantes et préparais le déjeuner (et oui, je suis le cuisinier de la maison).
Je recommence à travailler après le déjeuner. Environ 2h avant je ne fasse la sieste dans l'après-midi quand il fait vraiment trop chaud pour travailler. Puis je recommence à travailler de nouveau avant le dîner, et ensuite tout au long de la nuit jusque vers minuit, une heure du matin.
J'aime la télévision soit allumée. Je ne la regarde pas vraiment, c'est simplement pour l'écouter. Souvent, je mets en route les commentaires audios d'un DVD d'un de mes films préférés juste pour que je puisse avoir quelque chose à écouter pendant que je dessine.
Par contre, quand j'écris, je préfère le silence total.
SL : 20 - Donc les "deadlines" ne sont pas synonymes de stress ou de changements dans votre méthode de travail ?...
GA : Oh si, elles le sont. :) Elles sont sont toujours stressantes, spécialement après avoir réaliser pendant mes 16 années de travail dans le monde de la BD, que je ne suis pas aussi rapide que je voudrais l'être. De temps en temps je les dépasse, ce qui est toujours terrible. Mais je fais de mon mieux et j'essaie toujours de commencer le plus tôt possible sur un projet. Les seuls changements qu'elles ont sur moi, est que je dors moins, que je travaille plus et que je finisse par ne pas plus prendre de bain du tout... C'est terrible. C'est pour cela que je préfère commencer dès que je le peux sans avoir de bourrage de crâne constant vers la fin...
