INTERVIEW GERRY ALANGUILAN 1/3 Avril 2008
Je serais toujours reconnaissant à Gerry Alanguilan de m'avoir laisser autant de liberté et de temps pour pouvoir partager sa passion et son art.
Sébastien Lecocq (SL) : 1 - Pour commencer, comment vous présenteriez-vous aux visiteurs qui ne vous connaissent pas forcément ?
Gerry Alanguilan (GA) : Salut ! Mon nom est Gerry Alanguilan. J'ai été encreur pour Marvel, DC et Image pendant plus de 10 ans, travaillant sur des titres comme "Superman : Birthright", "Batman : Danger Girl", Wolverine, X-men, X-Force, Darkness et beaucoup d'autres. J'ai aussi été dessinateur et encreur pour des adaptations en BD chez "Graphic Classics" d'histoires de Bram Stoker, O. Henry, Rafael Sabatini ou Edgar Allan Poe.
Aux Philippines, j'écris, dessine, colorise et publie à l'occasion mes propres comics. J'ai créé des titres tels que "Wasted", "Humanis Rex!", "Johnny Balbona", "Dead Heart Stories", et actuellement "ELMER" et "The Marvelous Adventures of the Amazing Dr. Rizal".
J'ai aussi créé un musée virtuel des BD classiques philippines où l'on peut voir les dessins et en savoir plus sur l'Age d'Or du comics de mon pays : pour vous y rendre, cliquez ici.
Enfin, j'essaie aussi d'apprendre l'illustration et l'histoire des arts philippins dans toutes les Philippines.
SL : 2 - Et bien on peut dire que vous êtes une personne très occupée... Est-ce que vous publiez votre propre travail aux Philippines parce qu'il serait plus difficile de le faire sur le marché américain ou bien simplement par choix, parce que vous pensez que vous devez aussi perpétuer votre art dans votre pays ; avec bien évidemment plus de liberté sur toutes les étapes de production.
GA : La raison pour laquelle je publie mes propres comics aux Philippines vient surtout de mon amour pour notre propre industrie locale. J'ai un profond respect pour notre histoire et l'héritage de notre culture artistique (sinon pourquoi je dépenserais tellement de mon temps pour collecter et archiver de nos BD's parues entre les années 40 et 70). Notre industrie est en grande difficulté et je trouve particulièrement frustrant que si peu soit fait. J'ai décidé d'aider et de contribuer comme je le pouvais et publier mes propres comics ici est l'une de ces choses.
J'aime avoir beaucoup de liberté lors de la création. Alors quand je peux obtenir celle-ci, je fais de mon mieux pour montrer à tout le monde que je produis mes meilleurs travaux lorsque je suis libre de faire ce que je veux. J'essaie normalement de refuser les demandes avec beaucoup de restrictions, même si cela est bien payé, parce que je ne peux simplement pas donner le meilleur de moi-même dans ces conditions. Graçe aux travaux que j'ai publié moi-même tel que "ELMER", les gens rechechent ce type de travail lorsqu'il veut m'embaucher, et ils me laissent donc seul juge de faire ce que je veux. Cette liberté a été dure à gagner, mais je n'aurais pas pu l'avoir si je n'avais pas bataillé fermement pour l'obtenir.
Mais je travaille aussi de manière pratique. "Elmer" est écrit en anglais car j'ai dans l'espoire de trouver un éditeur aux USA lorsque je l'aurais terminé. C'est tactiquement et financièrement très difficile d'être distribuer directement aux Etats-Unis alors il vaut mieux chercher un éditeur. Quelques uns ont déjà montré des signes d'intérêt pour la publier, ce qui est déjà très encourageant.
SL : 3 - Est-ce que cela veut dire que vous n'auriez pas cette liberté si vous été publier directement aux USA ? que les lecteurs sont totalement différents ou simplement que vous préférez travailler plus pour vous et raconter vos propres histoires ?
GA : Je ne suis pas sûr que je n'aurai pas le même type de liberté si j'avais cherché un éditeur aux Etats-Unis en premier. Mon intention était vraiment de mettre en place ma propre société d'édition et de publier des bandes dessinées ici aux Philippines. Mais ici, je doit prouver et montrer aux gens que je sais comment créer des bandes dessinées, et si possible de BONNES BD's. De cette façon, ils peuvent me faire confiance pour faire du bon travail lorsqu'ils me donnent cette liberté. En me publiant, je n'ai pas simplement à leur promettre que je peux faire du bon travail, je peux directement le leur montrer comment le faire, et le faire bien.
Il n'y a pas beaucoup de différence dans la façon dont je fais de la bande dessinée, en particulier ELMER que ce soit ici aux Philippines ou à l'étranger. J'essaie de faire le meilleur travail que je peux. J'essaie de créer des bandes dessinées qui je l'espère n'insultent pas l'intelligence du lecteur. ELMER est essentiellement une bande dessinée générique qui pourrait se dérouler n'importe où dans le monde. Il n'ya pas de représentation manifeste d'une culture particulière, de sorte que les gens, quelque soit leur horizon, peuvent la lire et ne pas la trouver trop "exotique".
SL : 4 - Est-ce vous avez toujours rêver d'être un artiste et pourquoi avoir finalement choisit la voie de l'encrage ?
GA : J'ai toujours voulu dessiner de la bande dessinée mais quand il m'a été possible de travailler pour les comics US, l'encrage a été choisi pour moi par Whilce Portacio, qui a senti que mon encrage était bien plus fort que mon dessin à ce moment-là. Ce n'était pas ce que je voulais, mais j'ai appris à aimer cela. Pourtant après 10 ans à le faire, je pense que j'en ai eu assez parce que je sentais que ma créativité était fortement entravée. J'ai pris ma retraite en tant qu'encreur et j'ai commencé à créer mes propres bandes dessinées.
SL : 5 - Est-ce que vous vous souvenez de votre premier travail publié et ce que vous avez ressenti alors ? (aux Philippines et aux USA)
GA : Ma toute première oeuvre publiée aux Philippines date de 1990, lorsqu'un de mes dessin est apparu dans un quotidien national. La toute première chose qui a été publiée aux États-Unis était une peinture de Conan qui figurait dans le Wizard n°15 en 1992.
Je frissonnais de voir mon travail imprimé et cela l'est toujours. Le plaisir n'a pas vraiment disparu pour moi. Je me souviens de mon tout premier travail publié dans une vraie bande dessinée, du moins la première grand chose que j'ai faite, qui a été Wetworks n°14 pour Image. C'était tellement impressionnant de voir mon nom sur la couverture que je n'arrêter pas à me vanter à ce sujet à la jolie vendeuse du magasin de bandes dessinées (oui, nous avons de très belles vendeuses dans nos magasins ici aussi).
Je lui ai dit, regardez, c'est mon nom. Elle ne voulait pas me croire alors j'ai été jusqu'à lui montrer ma carte d'identité. Je ne l'ai jamais refait, parce que c'était vraiment trop embarrassant. Mais ce frisson n'a jamais disparu. Je suis toujours très heureux lorsque je passe par un kiosque à journaux ou une librairie de bandes dessinées et que je vois une BD ou un magazine avec mon travail à l'intérieur.
SL : 6 - Je suppose que vous avez aussi un grand lecteur de comics. En acheter vous régulièrement ? Connaissez-vous aussi certains artistes européens et lisez-vous aussi des mangas ?
GA : J'avais l'habitude d'être un grand lecteur de bandes dessinées. Ma lecture a certes diminué au cours des dernières années parce que tout simplement, il y a de moins en moins de bandes dessinées que j'ai envie de lire. Aux USA, elles se prennent trop au sérieux ou sont trop sombres. Et si il y a une place pour cela, il y a une place pour des choses comme Watchmen, Miracleman ou le Dark Knight... mais si vous appliquer cette sensibilité à la plupart des bandes dessinées, même la bande dessinée que j'ai apprécié étant un enfant comme X-Men, Avengers ou Spiderman, je trouve qu'il y a quelque chose qui cloche dans tout ça.
J'ai très peu accès à la bande dessinée européenne, mais j'en ai toujours acheter lorsque j'ai eut l'occasion de tomber sur certaines d'entre elles. Ma collection de Tintin est bien sûr au complet, et j'ai lu beaucoup d'Astérix, car ils sont facilement disponibles ici. Je suis tombé sur une édition espagnole d'un album de Lewis Trondheim, qui est le seul que j'ai vu de son travail ici et j'aimerais en voir davantage. J'ai aussi beaucoup des graphics novels Marvel de Moebius.
Je lis aussi du mangas et je dirais que Barefoot Gen, Lone Wolf and Cub, Gon et Blade of the Immortal sont mes favoris.
SL : 7 - Avez-vous une préférence pour un genre comme la science-fiction, les super-héros, les polars ou un peu de tous, car il y a du du bon partout ? Aux USA, même si tous les auteurs semble écrire des des histoires de plus en plus sombres, avez-vous des titres que vous continuer à acheter régulièrement ? Ou peu importe les personnages et avez une approche artistique et n'acheter que pour les artistes aux commandes?
GA : Je suis le plus souvent les créateurs. Je lis généralement tout ce qui Frank Miller, Neil Gaiman ou Alan Moore écrivent. Quoi que ce soit et quel que soit son genre. J'achete aussi tout ce que Barry Windsor Smith et David Mazzucchelli illustrent, peu importe qui l'écrit et dans quel genre. Mais parce qu'aucun d'entre eux ne fait régulièrement des bandes dessinées, je n'en achète pas régulièrement. Je veux d'abord acheter des comics pour le plaisir mais comme je suis à 82 kilomètres du magasin le plus proche et je n'ai vais pas à Manille si souvent...
Récemment, j'ai acheté des compilations des années 70 et 80, tels que Showcase de chez DC ou les Essentiels de Marvel. J'ai aussi acheté les Omnibus X-Men de Claremont, Cockrum et Byrne car j'ai grandi en aimant ces comics.
SL : 8 - Quels artistes (or peintres) ont influencés votre art et sont encore aujourd'hui une source d'inspiration ?
GA : Barry Windsor Smith, David Mazzucchelli et Francisco V. Coching seront toujours une source d'inspiration pour moi. Je ne pourrais tout simplement pas me lasser de regarder et d'apprécier leur travail.
Il ya beaucoup d'autres artistes qui m'ont inspiré moi au fil des années. Tous ne font pas de la bandes dessinée comme Franklin Booth, Salvador Dali, Bob Peak ou Fernando Amorsolo...
SL : 9 - Quel est votre désir en tant qu'artiste ? Quel souvenir voudriez-vous laisser ?
GA : Mon objectif est de toujours continuer à faire des bandes dessinées. Dès le début, je pensais que je serais heureux juste en dessinant. Cela a été fantastique de pouvoir travailler sur Superman et d'autres personnages populaires. Mais à partir de 1994 avec mon album "Wasted", j'ai trouvé une grande satisfaction dans la création de mes propres bandes dessinées. J'ai créé un bon nombre de bandes dessinées que j'ai été en mesure de distribuer ici aux Philippines, mais comme tout créateur, je voudrais avoir un public beaucoup plus large pour mes histoires. J'espère être en mesure d'écrire et de dessiner des histoires qui seraient distribuées à l'échelle internationale. C'est quelque chose que je vais tenté de faire avec Elmer.
Ça a été très difficile de le sortir, et le challenge est toujours en cours. J'aimerais être optimiste et dire cela pourrait être le début de quelque chose de très bon pour moi.
SL : 10 - Donc que peux t'on espérer voir de votre travail dans un avenir proche ?
GA : La chose sur laquelle je travaille actuellement : le dernier numéro de Elmer, et mes strips réguliers "Timawa" pour un magazine phillipin. Une fois que j'aurais terminer Elmer, j'espère pouvoir trouver un éditeur aux États-Unis et peut-être ailleurs juste pour que je puisse partager cette histoire avec beaucoup plus de monde...
