Les chroniques d'Ozana - épisode 1 par jediknight
Le gouverneur Grignon coupa l'écran à plasma où Global News retransmettait avec un léger décalage les nouvelles de la Terre, bien souvent entrecoupées de spots de pub des plus agressifs, pour se diriger vers la baie vitrée de son bureau.
S'imprégnant du « spectacle » du monde sylvestre de Xairo, du soleil orange disparaissant petit à petit, avalé par la frondaison des arbres séculaires de la planète satellite d'Ozana , il fini par retrouver son calme, souriant aux murmures lointains de son épouse en train de raconter une histoire à leurs enfants.
L'absurdité de ce qu'il venait d'entendre, le commentaire « subjugué » de la présentatrice à propos de Nolan qui écartait le coût qu'avait du représenter pour le gouvernement , une telle chasse à l'homme, qui s'était conclut par un duel dévastateur en plein Nanway, comme le montrait les images d'arrière plan; tout ça parce qu'un « surhumain » chinois ( la blonde avait clairement manifestée son mépris au travers de ses mimiques durant ses explications) avait refusé d'épouser la fille du maire Ngiti, avait réveillé en lui une sourde colère, un « autre lui-même » qu'il croyait définitivement « endormi ».
Le « vieux » stratège savait qu'il fallait lire entre les lignes et que ce dont-il était question c'était avant tout le travail de Wongz (il eu un bref regard en direction de sa bibliothèque: en avait-il une de ses BD?), avant même un hypothétique pamphlet subversif contre le pouvoir en place. Toute l'oeuvre du dessinateur apparaissait aujourd'hui comme particulièrement critique aux yeux d'un président de plus en plus répressif et de plus en plus regardant vis à vie des oeuvres éditées.
On frappa discrètement à la porte, son « épouse », en réalité un clone de sa femme morte en 2004, au moment de l' « effondrement du monde » , entra portant le plateau avec son médicament.
Grignon sentit soudain la colère qu'il croyait avoir fait disparaître, grâce à la méditation , rejaillir subitement: jamais la « vraie » Morgane n'aurait eu une attitude si soumise.
Le génie génétique contrairement à tout se dont on aurait pu s'attendre s'il pouvait recréer la chair, ne pouvait pas en dire autant de l'esprit. Les choses avaient beaucoup trop changer entre le début du XXIème siècle et aujourd'hui, à commencer par l'expansion vers les étoiles.
Lorsque la « créature » issue des laboratoires de Gazoaa, avait été créée à partir d'une mèche de cheveux de son aimée qu'il avait symboliquement gardée sur son coeur pendant la première partie de ses campagnes, il était déjà le colonel Igrignon !
Le parasite dans son crâne, grâce auquel il pouvait communiquer avec les arbres de l'univers entier et puiser leurs forces et de les transformer en décharges énergétiques, se mit à pousser des cris lancinants... Ces poussées de violences le déstabiliser au plus au point , le « boucher de la bataille d'Yrank » se força à retrouver une certaine quiétude après avoir songé avec dépit à quel point sa vie désormais ressemblait à une pièce de théâtre, faite de cartons pâtes, de personnages factices, et d'une mission aux antipodes de celles qu'il avait pu connaître auparavant: protéger l'écosystème de la galaxie, et plus particulièrement de son « poumon », ce satellite qu'il avait « gagné », grâce à son « amitié » avec Madsun.
« Rachelle et Merlin dorment? » demande t-il à son épouse s'efforçant d'employer un ton apaisé , une fois le rictus de douleur passé sur son visage..
« Oui » soufflant-elle la tête basse, ayant sans doute sentit l'humeur encore plus maussade que d'habitude de l'ancien soldat, dont la symbiose avec la nature allait jusqu'à appréhender la disparition de l'astre solaire, tout en allumant des bougies d'ambiance parfumées à la chlorophylle.
« La météo est très optimiste, les précipitations devrait aller en déclinant, je devrais être bientôt de meilleure humeur » déclara t-il, se voulant rassurant vis à vis de celle qui essuyait le plus les conséquences des tempêtes successives qui avaient faire moisir les végétaux sur place et réduit les récoltes à une peau de chagrin...
Elle sourit: « Tu as toujours été un peu bourru »...
La remarque lui brisa le coeur car c'était effectivement le genre de propos de sa moitié disparue pour toujours aurait pu avoir... Il esquissa un geste de tendresse envers elle, lui saisissant une mèche de cheveux roux, il l'embrassa ensuite sur le front: « J'ai encore un peu de paperasse à voir, je te rejoint ensuite » lui glissa t-il avant qu'elle se retire.
Une fois seul, son regard tomba sur le plateau que Morgane avait apporté comme chaque soir, avant toute chose il devait s'injecter le mélange qui lui permettrait de tenir la nuit entière sans photosynthèse.
« Tenir la nuit », lui l'aurait pu mais certainement pas la bête qui partageait désormais son corps, implanté dans son cerveau comme une punition pour tous les mondes qu'il avait aidé à détruire auparavant.
Un cocktail de pavot, de chanvre, de cocaine, de peyolt et autres plantes du genre. « Donnez nous notre fix quotidien... » ricana t-il.
« C'est toujours plus saint que toutes les saloperies que tu t'envoyais avant de débarquer sur une planète à « coloniser » non? » » aboya dans sa tête la reine de l'essaim de la planète Wiggins, qu'il avait atomisé une décennie plus tôt sur ordre de la confédération intersidérale.
Cela faisait des semaines que le parasite ne s'était pas manifesté à lui, les pluies diluviennes récentes l'avait plongé dans une sorte de mutisme, ce qui confirmait l'annonce de la fin de cette période plus qu'humide.
« « Et si je renonçais à ma dose, qu'est ce qui se passerait? » » lui lança t-il goguenard.
« « Je doute que tu le fasses un jour, pas que les pouvoirs que je te confère te manquerait, ni même le rôle que je t'impose... C'est seulement que depuis que tu n'es plus défoncé du matin au soir avec tous ses psychotropes qui te permettait de tenir le coup, de supporter les implants, les génocides qu'on te faisait exécuter, tu as retrouvé ta raison et avec elle le honte de tes actes et le dégoût de ce que tu étais devenu enivré par la colère... » » conclut -il tristement.
« « Oui... » » avoua l'homme d'état, responsable des « forest guards » vaincu, en saisissant l'auto injectable et en se la plantant dans la cuisse, rageusement.
Absence.... Traversée de flashes, d'images de mots, mises en scènes peuplées d'inconnus qui parlent de sujets tout aussi « nébuleux » Quel est ce gros livre que l'on remet à un homme vêtu de la tenu des archivistes de Jazumb la « planète bibliothèque » ? Un étendard « déjà vu » flottant dans le vent d'une planète désertique (Même en transe, Igrignon sent la « reine » se rétracter dans son crâne, monde dépourvu de végétaux sans conteste...) Kazan!
Les armoiries de Kazan! Putain de dope! Qu'est ce que tout cela pouvait bien vouloir dire?
Passé, futur, malheureusement tout se mélangeait dans les délires successifs à l'ingestion de la drogue. Au moins ce soir cela n'était pas quelques fantômes de ses activités peu ragoûtantes du passé. Songea t-il avec soulagement.
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